Sat 4 Aug 2007
La coordination des organisations indigènes de l’Amazonie brésilienne (COIAB) souhaite répondre aux déclarations que le président de la FUNAI, Mércio Pereira Gomes, a faites à la presse le 12 janvier dernier, remettant en question le droit originel des peuples indigènes sur les territoires qu’ils occupent traditionnellement. Nous déclarons publiquement :
Le président de la FUNAI, Mércio Gomes, contrarié par les récents rapports faisant état d’un nombre élevé de décès d’Indiens en 2005, la plupart dus à la lenteur du processus de reconnaissance des territoires indigènes, conséquence de la pression exercée et des violences perpétrées à l’encontre des populations indigènes par les envahisseurs de toute sorte, a déclaré à l’agence de presse Reuters, le 12 janvier 2006, que les peuples indigènes du Brésil avaient assez de territoires : « Jusqu’à présent, il n’y a pas eu de limite à leurs revendications territoriales, mais nous arrivons à une étape où la Cour suprême aura à en instaurer une ».
La COIAB réitère publiquement que ces décès sont la conséquence de l’inertie de l’actuel gouvernement qui, durant les dernières années de son mandat, a totalement négligé les promesses faites ces vingt dernières années aux leaders indiens et à leurs instances représentatives. Ils sont dus à la violence perpétrée par les envahisseurs des terres indigènes ou à l’incapacité du gouvernement de définir et d’implanter des politiques publiques appropriées en faveur des peuples indigènes dans les domaines de la santé, de l’éducation et du développement durable. Ce n’est qu’en 2005 que celui-ci a ouvert le dialogue avec le mouvement indigène, sous la pression des peuples indigènes et de leurs organisations, qui ont toujours été ignorées et bafouées, en particulier par le président du département des Affaires indiennes.
Concernant la démarcation des territoires et les revendications des peuples indigènes qui, non seulement impliquent la ratification officielle des territoires, mais également la mise en place de programmes de contrôle et de protection de ceux-ci afin d’assurer leur viabilité, l’attitude de l’anthropologue Mércio Gomes est lamentable. Il s’efforce de minimiser l’importance de la terre pour les peuples indigènes et les conséquences que sa privation peut entraîner, contredisant ainsi ses propres affirmations sur la recherche qu’il a effectuée auprès des Indiens tenetehara (Guajajara) dans le Maranhão : « Un peuple indigène qui n’a pas assez de terres pour pouvoir mener son mode de vie se voit forcé de modifier et d’abandonner les pratiques sociales et culturelles qui renforcent son identité, et de s’adapter à un nouveau mode vie plus proche de celui des paysans. Ce qui amenera inévitablement le groupe ethnique à se scinder en plusieurs groupes familiaux ou individus qui passeront leur temps à s’efforcer de construire un nouveau mode de vie… ».
En déclarant : « Il y a assez de territoires. Il n’y a pas de limites à leurs revendications territoriales », le président de la FUNAI semble vraiment souhaiter ce sort aux peuples indigènes. C’est une intention ethnocidaire qu’il propose d’institutionnaliser à travers la décision de la Cour suprême de limiter les droits territoriaux des peuples indigènes.
Dans la pratique, le président de la FUNAI a déjà agi dans ce sens en étant l’un des principaux responsables de la paralysie du processus de ratification des territoires indigènes depuis la fin de l’année 2003. Il lui est aujourd’hui inutile d’essayer de renier ces déclarations honteuses, qui ont été confirmées depuis longtemps, par exemple lorsqu’il a approuvé des décisions anticonstitutionnelles telles que la réduction du territoire indigène de Baû dans l’Etat du Pará appartenant aux Kayapó.
Souhaiter que la Cour suprême limite les droits territoriaux des peuples indigènes revient à l’encourager à établir un acte dictatorial qui va à l’encontre des droits constitutionnels des peuples indigènes. Et ce, en faveur d’individus qui ont dans l’affaire des intérêts politiques et économiques, tels le président de la FUNAI qui propose et défend devant le Congrès national la réduction des territoires indigènes, au mépris de la grande diversité ethnique et culturelle de plus de 230 peuples indigènes. Cette diversité donne lieu à d’absurdes comparaisons arguant du fait que la superficie occupée par les Indiens au Brésil est supérieure à celle des pays européens.
Se glorifier de la ratification, par le gouvernement Lula, du territoire de Raposa-Serra do Sol et prétendre que le Brésil mène l’une des politiques indigénistes les plus avancées est l’arbre qui cache la forêt. Le gouvernement n’a, jusqu’à présent, fait que remplir son rôle constitutionnel et parachever le processus administratif en ratifiant ce territoire, qui ne l’a été que suite à de nombreuses pressions et après une très longue lutte ayant entraîné de grandes souffrances pour les peuples indigènes et leurs organisations en bute à l’inertie des instances gouvernementales.
La COIAB avait de bonnes raisons de s’opposer à la nomination par le gouvernement Lula de l’anthropologue Mércio Gomes à la tête de la FUNAI, puisqu’il se révèle être aujourd’hui l’ennemi des peuples indigènes en remettant en cause leurs droits territoriaux, se faisant ainsi l’écho des intérêts des propriétaires terriens, des exploitants forestiers et autres envahisseurs attirés par les ressources naturelles des territoires indigènes et qui ne souhaitent que l’extinction physique et culturelle des Indiens.
C’est au gouvernement du président Luis Inácio Lula da Silva qu’il revient de déclarer à l’opinion publique nationale et internationale que la position du président de la FUNAI reflète bien sa politique indigéniste. Si ce n’est pas le cas, il doit montrer qui gouverne dans ce pays en limogeant immédiatement l’anthropologue Mércio Gomes avant qu’il ne fasse encore plus de tort, non seulement au gouvernement, mais aussi au droit sacré des peuples indigènes à utiliser la terre qu’ils occupent traditionnellement. Mais son renvoi n’est pas suffisant. Le gouvernement doit prouver qu’il est effectivement engagé vis-à-vis des peuples indigènes, que sa nouvelle politique indigéniste si haut proclamée au début de son mandat, se concrétise en action autour de politiques répondant aux souhaits, aux revendications et aux aspirations des peuples indigènes.
Manaus, 17 janvier 2006
